Plan

1. Le prolétariat contre la guerre

2. La CGT et l’Internationale ouvrière

3. Le déclin de l’antimilitarisme révolutionnaire

La Première guerre mondiale

4. L’Union sacrée

5. Socialistes et syndicalistes minoritaires, anarchistes et féministes contre la guerre

6. Le Parti communiste dans l’entre-deux-guerres

Cliquez ici pour télécharger l’ensemble de l’article au format PDF :  L’antimilitarisme révolutionnaire

Le Parti communiste dans l’entre-deux-guerres

Après 1918, le courant pacifiste auquel participent beaucoup d’anciens combattants prend le dessus sur le thème « Plus jamais la guerre ! ». Des campagnes sont menées pour la réhabilitation des soldats fusillés pour l’exemple pendant la guerre. D’autres le sont pour la défense des objecteurs de conscience, notamment autour des figures de Louis Lecoin et Gérard Leretour en France et de Hem Day et Léo Campion en Belgique. Petit à petit, avec la montée du fascisme et du nazisme dans les années 30, le pacifisme perd de l’importance et dérive pour certains vers la collaboration.

Créée en 1919 à Amsterdam, la Fédération syndicale internationale (FSI) appelle à faire entrer l’Allemagne au sein de la SDN, préconise le remboursement des dommages de guerre par les sociétés capitalistes qui ont profité du conflit et réclame, avec force, le désarmement. Une résolution, votée au Congrès international de Rome en 1922, cite la lutte contre le militarisme et la guerre parmi les tâches essentielles d’un syndicat : les travailleurs ont le devoir de s’opposer à toutes les guerres, y compris par le recours à la grève générale.

On sait que ces souhaits seront aussi inefficaces que ceux de la génération précédente qui a eu le mérite de s’engager massivement, comme jamais, dans la lutte anti-guerre.

La Confédération générale du travail – Syndicaliste révolutionnaire (CGT-SR), anarcho-syndicaliste, dénonce :

Le pacte franco-soviétique [de 1935], c’est la guerre !

En juillet 1920, le deuxième congrès de l’Internationale communiste fixe parmi les 21 conditions à l’adhésion à cette Troisième Internationale l’obligation de la propagande parmi les militaires.

Le Parti communiste français (PCF) s’oppose à l’occupation de la Ruhr (1923-1925), à la guerre du Rif (1925-1926) et au « rabiot » imposé de service militaire (1935)[1]. L’Humanité, devenue le quotidien du parti communiste, fait de nombreux échos aux manifestations à ces sujets et aux répressions qu’elles suscitent. Elle publie souvent des lettres de soldats qui entendent défendre « leur seule patrie ; la Russie des soviets[2] » ou qui récriminent contre leurs conditions de vie. Elle dénonce « que plus de six cents soldats sont morts l’hiver dernier dans les casernes[3]. » Le PCF suscite des manifestations au sein des conscrits et des rappelés et de nombreux journaux clandestins de caserne. La fédération communiste de l’Yonne envisage la reparution du Pioupiou[4]. L’insuffisance de cette agitation est sévèrement critiquée, notamment dans les Cahiers du bolchévisme[5], par le parti lui-même qui souhaite « la mobilisation totale pour le défaitisme révolutionnaire et pour préparer la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile[6]. »

Nous n’appelons pas à la désertion, nous appelons à l’organisation de la lutte au sein de l’armée bourgeoise afin d’y accomplir la besogne de la classe ouvrière, qui est de désagréger cette armée et de la remplacer par l’armée du prolétariat.  Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, discours à la chambre des députés, 30 mars 1933[7].

En 1934, l’URSS normalise ses relations avec les USA et entre à la Société des Nations et, en 1935, conclut avec la France un traité signé par le ministre Pierre Laval. Le PCF glisse de la lutte pour la désagrégation de l’armée bourgeoise à celle contre le fascisme dans l’armée et tend la main aux officiers républicains puis, lors du gouvernement de front populaire, abandonne progressivement les revendications des conscrits[8].

Jacques Duclos, précédemment souvent condamné pour son antimilitarisme, exprime la position du parti en 1935 :

Les communistes sont les défenseurs acharnés de la paix, mais si malgré leurs efforts la guerre éclate, ils ne s’isolent pas de la masse du peuple qui part à la guerre, ils ne sont pas des déserteurs, ils ne sont pas des objecteurs de conscience qui repoussent avec horreur les armes que la bourgeoisie leur donne. […]

La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens et jamais les communistes ne renoncent à jouer leur rôle dans le déroulement des événements politiques. En toutes circonstances ils travaillent à la réalisation de leur objectif : le triomphe du socialisme. […]

Quand une guerre met aux prises des pays impérialistes la position des communistes de tous les pays est claire et simple. Ils luttent à la tête des masses contre leur propre bourgeoisie, pratiquent le défaitisme révolutionnaire, travaillent au sein de l’armée à organiser la fraternisation et à transformer la guerre impérialiste en guerre civile révolutionnaire. […]

Les communistes d’un État en guerre contre le pays du socialisme ont pour devoir d’entraîner les masses mobilisées à passer avec armes et bagages dans les rangs de l’armée rouge. Cela implique naturellement la présence des communistes à l’armée contrairement à ce que préconisent les objecteurs de conscience et certains « pacifistes » dont le pacifisme en temps de paix se transforme généralement en chauvinisme dès les premiers coups de canon.

Mais si la situation politique est telle que la guerre de contre-révolution capitaliste n’est pas menée par l’ensemble des pays impérialistes, si certains d’entre eux […] agissent de concert avec le pays du socialisme, leur action sert objectivement la cause de la paix, qui se confond avec la cause du pouvoir des travailleurs […].

Quand dans la situation présente, alors qu’Hitler menace la paix du monde, la France signe un pacte d’assistance mutuelle avec l’Union soviétique, elle sert la cause de la paix.

C’est pourquoi nous, les communistes, nous avons lutté pour la signature du pacte [franco-soviétique].

Jacques Duclos, « Les communistes et la paix », L’Humanité, 24 mai 1935, p. 2. Notons que l’article n’envisage que l’assistance de la France à l’URSS et non l’inverse.

« L'Humanité », 12 novembre 1935

« L’Humanité » : Vive l’armée républicaine !, 12 novembre 1935

Paul Vaillant-Couturier avait été sanctionné, en 1918, de 30 jours de forteresse pour des articles pacifistes et emprisonné en 1928 pour des textes antimilitaristes. Peu avant la victoire du Front populaire, il exalte dans L’Humanité [9] « le cri unanime […] « Vive l’armée républicaine ! » » scandé pendant le défilé du 11 novembre 1935.

En 1938, Jacques Duclos s’interroge :

Comment remettre la France au travail ? Comment mettre fin au sabotage de la défense nationale [10]?

En avril 1939, L’Humanité annonce :

Avec enthousiasme, les jeunes conscrits sont partis pour leur garnison[11].

Six mois plus tard, après le Pacte germano-soviétique et le début de la drôle de guerre, Maurice Thorez, secrétaire général du parti, déserte son régiment et se réfugie en URSS.

Guy Dechesne

Dernière mise à jour : 18 janvier 2021

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1. Le prolétariat contre la guerre

2. La CGT et l’Internationale ouvrière

3. Le déclin de l’antimilitarisme révolutionnaire

La Première guerre mondiale

4. L’Union sacrée

5. Socialistes et syndicalistes minoritaires, anarchistes et féministes contre la guerre

6. Le Parti communiste dans l’entre-deux-guerres

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[1] Madeleine Rebérioux, « Les J.C. et l’antimilitarisme », Politique aujourd’hui, janvier-février 1976, p. 71-78.

[2] Georges Vidal, « L’Humanité et la défense nationale dans les années 1930 », Cahiers d’Histoire, n° 92, 2003, « L’Humanité, la guerre et la paix (1904-2004) », p. 37-50.

[3] « Pendant que les conscrits partent deux soldats sont tués au cours des manœuvres de guerre. », L’Humanité, n° 13 409, 3 septembre 1935, p. 2.

[4] C. Dufour, « Bulletin fédéral », Le Travailleur (l’ancien Travailleur socialiste de l’Yonne, devenu communiste lui aussi), n° 1 605, 18 janvier 1922, p. 2. ; « Pour le Pioupiou, souscrivez », n° 1 1607, 25 janvier 1922, p. 2.

[5] Leroux, « Quelques enseignements des manœuvres de 1930 », Cahiers du bolchévisme, Paris, n° 1, janvier 1931, p.  26-39.

[6] Ibidem, p.  39.

[7] Cité par Isidore Perroux, « « Classe contre classe » face à l’armée », Politique aujourd’hui, janvier-février 1976, p. 79.

[8] Ibidem, p. 87 et Georges Vidal, op. cit.

[9] Paul Vaillant-Couturier, « L’Inconnu a retrouvé ses camarades ! », L’Humanité, n° 13 479, 12 novembre 1935, p 1.

[10] Jacques Duclos, « Comment remettre la France au travail ? Comment mettre fin au sabotage de la défense nationale ? », L’Humanité, n° 14 502, 3 septembre 1938, p. 7.

[11] Cité par Georges Vidal, op. cit.

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