Couverture Là

Là*, sous ce sobre titre, Mireille Debard parcourt les souvenirs de sa vie en privilégiant son itinéraire intellectuel et ses engagements religieux, sociaux et politiques.

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Le premier événement qu’elle évoque, date de 1943, elle avait alors huit ans. Pour avoir pris parti devant témoin pour la Résistance, une fille, un peu plus âgée qu’elle, reçoit une gifle paternelle qu’elle assume fièrement, sourire aux lèvres. Cet exemple la guidera toute sa vie : affirmer ses convictions en toute simplicité, à visage découvert malgré les risques. « Ça ne sert pas à grand-chose d’avoir des opinions si elles ne deviennent pas une conviction, une manière de vivre, un engagement. »

Son militantisme commence à l’Action catholique ouvrière, dans les Communauté de base catholiques et dans la solidarité avec les Algériens en lutte pour leur indépendance. Elle est embarquée pour la première fois dans un fourgon de police, en 1960, lors d’une manifestation de l’Action civique non-violente contre les camps d’internement arbitraire des « suspects » algériens. Avec une trentaine de clercs et de laïcs, elle appelle à une grève de la messe après l’exécution d’opposants au très catholique régime franquiste.

Elle épouse Robert Debard[1] très investi dans la CFDT, le PSU puis le Parti socialiste. Elle accepte le secrétariat d’un Groupe de soutien aux renvoyeurs de livrets militaires bientôt rebaptisé Groupe d’action et de résistance à la militarisation (Garm). Ce mouvement lyonnais va l’accaparer pendant dix ans en multipliant à un rythme soutenu des actions souvent spectaculaires, illégales et humoristiques et toujours sans violence pour soutenir les objecteurs de conscience, les insoumis, les déserteurs, les victimes de la justice militaire, les droits des soldats et s’opposer aux armements nucléaires, aux ventes d’armes, aux camps militaires, à l’impérialisme, aux dictatures et à tous les aspects de la militarisation. L’Observatoire des armements peut revendiquer une part de l’héritage du Garm.

Avec des membres du Garm et d’autres militants, elle suit régulièrement les audiences du Tribunal permanent des forces armées de Lyon puis elle poursuit son enquête dans les tribunaux militaires des autres villes et la publie avec Jean-Luc Hennig dans un livre illustré par Cabu et préfacé par Michel Foucault, Les juges kaki[2]. Sollicitée pour d’autres articles, elle devient chroniqueuse judiciaire pigiste pour Libération et l’Agence France Presse, notamment au procès du criminel nazi Klaus Barbie. Elle poursuit ses investigations sur la justice pour enfants puis sur la psychiatrie et publie articles et livres sur ces sujets.

Dans ce récit, agréable à lire et plein de chaleur, Mireille Debard, avec modestie, fait la part belle à ses nombreux compagnons de lutte d’une vie marquée par la générosité, la bienveillance, l’ouverture et la disponibilité aux autres et l’amitié.

Elle s’interroge : « Que valaient nos actions symboliques contre le coup d’État militaire au Chili, conte les essais nucléaires dans le Pacifique, contre les bombardements américains au Viêt-Nam, contre les ventes d’armes à Franco ? N’était-ce pas une manière de nous tenir debout, de dire nos refus, de continuer à penser ? »

Guy Dechesne

 

*Mireille Debard, , Genouilleux, La Passe du vent, septembre 2020, 192 p., ISBN 978-2-84562-362-0, 13 €

 

Bibliographie en relation :

  • Maurice Balmet, Patrice Bouveret, Guy Dechesne, Jean-Michel Lacroûte, François Ménétrier et Mimmo Pucciarelli, Résister à la militarisation : Le Groupe d’action et de résistance à la militarisation, Lyon 1967-1984, Lyon, Atelier de création libertaire, 2019, 324 p. ISBN 978-2-35104-121-5 à commander à l’Observatoire des armements.
  • Jean-Pierre Lanvin, À Dieu vat, Lyon, CDRPC, 1999, 387 p. ISBN 2-913374-07-7 à commander à l’Observatoire des armements.
  • Christian Delorme, L’Histoire de la non-violence à Lyon, Mémoire active, 30 juillet 2020, 60 p.

[1] François Ménétrier, « DEBARD Robert, Auguste, Marc » sur maitron.fr, 8 mai 2020 (consulté le 4 novembre 2020)

[2] Mireille Debard et Jean-Luc Hennig (préf. Michel Foucault, ill. Cabu), Les juges kaki, Paris, Alain Moreau, 4e trimestre 1977, 297 p.

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