Le soutien aux objecteurs de conscience

Au plan national, en novembre 1967, le nombre d’objecteurs de conscience a augmenté régulièrement. Les objecteurs avaient obtenu la libre affectation dans une association humanitaire de leur choix. Cette possibilité est supprimée. Un mouvement de grève (qui équivalait donc à une désertion) s’est mis en place.

Ces objecteurs grévistes devaient être jugés par la justice militaire. Un mouvement national de soutien s’est mis en place : renvois de livrets militaires, grèves de la faim, actions diverses. Le groupe lyonnais de soutien aux renvoyeurs de papiers militaires (futur Garm) a organisé immédiatement la riposte sur Lyon. D’une manière arbitraire, alors qu’il y a 25 objecteurs de conscience grévistes, un lyonnais, Michel Tachon, est emprisonné à Montluc, prison militaire lyonnaise. Il est libéré au bout de quelques semaines.

Le premier tract signé Garm apparaît fin 1969. L’esprit antiautoritaire de mai 68 est passé par là. Ce premier tract s’adressait aux jeunes, futurs appelés, en leur rappelant qu’ils avaient le droit de refuser le service militaire. Il remettait aussi en cause la force de frappe atomique, les ventes d’armes, les « prêts » de troupes françaises au Tchad ou ailleurs en Afrique. Bref, il entamait son travail de critique de la militarisation de la société française. Sa conclusion était explicite : attention, on t’endort et puis on t’embrigade.

Le Garm se mobilise sans relâche pour ce soutien aux objecteurs de conscience. En novembre 1969, Daniel Brochier avait demandé le statut d’objecteur de conscience. Il lui a été refusé car il n’avait pas respecté les délais. De plus en plus de jeunes se sont vu refuser le statut, soit pour des raisons de délai, soit parce que leur demande était jugée « politique ». Ils se sont retrouvés, de fait, en situation d’insoumission.

En 1971, le statut d’objecteur de conscience a été refusé à Jean-Michel Fayard, et à François Janin. Leur demande de statut était jugée trop politique par la commission juridictionnelle. C’est l’occasion d’une longue campagne de mobilisation sur Lyon, puis nationale. Elle a fait connaître le Garm et ses diverses actions à de nombreux jeunes lyonnais. Ce groupe s’installe alors dans le paysage militant.

Il  a aussi apporté une forme de communication originale. Il ne souhaitait pas s’adresser aux seuls militants déjà avertis. Pour cela, il a imaginé des tracts et des affiches sur le modèle « bande dessinée », moins austères que la communication militante de l’époque. Ils permettaient d’aborder sous forme plus aérée, plus ludique, les sujets chers au groupe. Par exemple, la vie et les aventures de « Honoré Patrie », qui se conclut par « la loi permet de ne pas faire le service militaire » (la propagande pour le statut d’objecteur de conscience était interdite). Il y aura plusieurs tracts des « Aventures de Honoré Patrie ». Un autre tract informatif dessiné fait aussi le point sur les objecteurs-insoumis, suite au décret de Brégançon. Signé en août 1972, ce décret imposait aux objecteurs une discipline à caractère militaire : affectations arbitraires par le ministère, devoir d’obéissance, pas de droit de réunion, de manifestation, de grève. Un régime de permissions, et surtout de punitions, était prévu pour faire appliquer ce nouveau règlement.

Au fil des années, le Garm a continué de soutenir les objecteurs en lutte, tout comme les insoumis, les soldats en butte à la répression gouvernementale. La loi Debré, qui limitait les possibilités de sursis pour les étudiants, a donné lieu à de grosses manifestations de jeunes au printemps 1973. En ce qui concerne les objecteurs, à la fin des années 1970, les procès étaient de plus en plus nombreux. 2500 objecteurs refusaient les affectations obligatoires, et cette lutte des « objecteurs insoumis » a permis à l’antimilitarisme de se développer au sein d’une partie de la jeunesse.

L’arrivée de François Mitterrand au pouvoir en 1981 a amené une amnistie partielle pour nombre d’insoumis et d’objecteurs, ainsi qu’une régularisation de la situation des objecteurs insoumis de plus de 29 ans. En 1983 est promulguée une loi qui permet une obtention quasi automatique du statut. 

  • Novembre 1967

    1

    Augmentation du nombre d’objecteurs

  • 15 janvier 1969

    Michel Tachon est emprisonné à Montluc

    2

    15 janvier 1969

  • fin 1969

    3

    Premier tract du GARM en soutien aux objecteurs

  • Novembre 1969

    Daniel Brochier se voit refuser le statut d’objecteur

    4

    Novembre 1969

  • 1971

    5

    Mobilisation pour Jean-Michel Fayard et François Janin

  • 1971

    Mobilisation pour Jean-Michel Fayard et François Janin

    6

    1971

  • 1981

    7

    Amnistie partielle pour les objecteurs